Avec la Covid-19 et ses impacts sociaux, économiques et industriels, un grand nombre de sociétés sont prises entre plusieurs feux qu’on peut venir retraduire comme les voix à capter pour pérenniser son Business.

Voix du client : contraint et en situation de crise, le client ne peut s’offrir une variabilité supplémentaire sur la chaîne amont.

Voix du Business : se réinventer dans un environnement sous contrainte (contrainte sanitaire, impact sur les équipes, le flux de produits et d’information).

Voix de la Concurrence : des entrants qui peuvent profiter des blessures du moment pour prendre des parts de marché. Mais aussi mettre en perspective des opportunités pour les « survivants » puisqu’il y aura, je le déplore, des tempêtes trop fortes pour certaines embarcations.

Voix des équipes : importance de maintenir les personnes « embarquées » et de profiter de leur richesse et de leur expérience pour aller répondre au premier point.

Un problème est une opportunité : Alors voyons comment difficulté et créativité cohabitent pour aller chercher le changement et mieux servir ses clients tout en maîtrisant ses coûts.

Les postulats à intégrer 

Les axes de performances qu’on associe à une entreprise sont classiquement La sécurité (et la Sérénité des employés), La Qualité, Le Délai et bien sûr le Coût.

Le dernier, le coût, est davantage à voir comme résultante du Juste nécessaire pour venir performer en Délai et en Qualité avec le niveau attendu par le client et une sécurité optimale pour les équipes. Ce juste nécessaire doit non seulement permettre d’optimiser les processus mais aussi apporter un lien entre les actions menées sur le terrain et la lecture financière.

Le juste nécessaire apporte une vision mécanique à l’approche qu’il faut compléter avec la Remise en cause : aller sur le terrain et observer une situation pour l’imaginer autrement ensemble.

Enfin, il nous faut mettre toutes les forces vives en action. C’est une structuration de la dynamique de progrès et d’exécution qui permet à chacun de trouver sa place et devenir acteur et pas uniquement exécutant. On parlera alors d’Intelligence collective.

Ces 3 leviers vont permettre de donner du sens à notre démarche et contribuent à la gestion du changement en impliquant les équipes qui amènent leur énergie et leur expérience terrain.

Des solutions possibles

Juste nécessaire, Remise en cause et Intelligence collective, voilà de belles paroles ! Et bien au-delà du message, elles expriment les solutions à exploiter pour travailler son taux de service et les réponses possibles.

Le premier sujet à traiter est la capacité de changement. Einstein disait que la folie, c’est de continuer à faire la même chose et de s’attendre à un résultat différent…On doit passer par une analyse afin d’identifier ce qui est une bonne pratique et ce qui peut être fait autrement : Améliorer le captage du besoin client, adapter un mode de planification en fonction des spécificités par famille de produits, visualiser l’adéquation charge/capacité, analyser les causes de non performances qu’elle soient liées au fonctionnement des installations, à la qualité ou à la conception même des produits.

Le second sujet est d’assurer un flux optimal, efficient et agile. L’efficience tout d’abord pour s’assurer des « justes moyens nécessaires » et de la limitation de la Non-valeur-ajoutée (NVA). Cela revient à travailler le capacitaire et le temps de traversée d’un processus. Par le biais d’outils tels que la VSM ou le Diagramme de flux, son optimisation et la maîtrise des variabilités permettra d’être plus précis et d’améliorer la qualité de la planification. Il en va de la circulation de l’information mais aussi des flux physiques au sein de l’entreprise ainsi que dans la relation avec les fournisseurs et les clients : Qualité et disponibilité de l’information, alignement et lecture commune entre service (Adéquation plan commercial et production), analyse de la faisabilité et choix industriel associé. Il faut travailler avec le terrain pour le terrain !

Le troisième est au-delà de nos attentes, l’Intelligence collective. Elle se travaille en améliorant la communication et la vision partagée des équipes sur les objectifs et les limites observées pour les repousser ensemble. Sur ce dernier point, 3 leviers complémentaires peuvent être mis en exergue et mettent en lumière des « Quick Wins » potentiels :

  • La compréhension de la situation et sa lecture partagée donne du sens au travail et à la contribution de chacun. Nous sommes une équipe en train de construire nos solutions, à tous les niveaux, pour être performants. Le pilotage est pour cela fondamental.
  • Le manager doit pour cela être capable de faire confiance. Cette confiance est nécessaire pour développer l’autonomie des équipes en développant la notion de droit à l’erreur qui conditionne la prise d’initiative. Il construit son équipe de cette façon au-delà de l’accompagnement et du contrôle qui n’est finalement qu’une part minoritaire de son rôle.
  • Le digital est une ressource aujourd’hui incontournable par les solutions qu’il apporte. Dans le pilotage qui sera mis en place, l’objectivité des chiffres et des synthèses est un outil de pilotage et de détection des écarts. Cela va de l’analyses de données au visuel de pilotage opérationnel. Il facilite la gestion de l’information et le partage documentaire en mode projet !

La solution est à l’intérieur de nos organisations !

Au-delà de l’amélioration de l’interface client et du captage de son besoin, l’objectif fondamental de cette approche humaine et factuelle est de donner du sens à nos actions. Cela commence par un partage objectif de la situation avec les équipes, pas juste une distribution de tâches ou de solutions ! Et une fois le sens donné, un juste équilibre entre formation à tous ces leviers et un accompagnement associé se révèle être efficace (ex : AFEST [Action de formation en situation de travail]). Cela met le manager en situation de coach. L’équipe peut ainsi développer une capacité d’observation qui ramène de l’objectivité dans les décisions. Cela contribue à intégrer les bonnes pratiques et valider le respect des jalons et livrables et les moyens à mettre en place. Tout ce qui fera l’engagement de chacun au quotidien ! Le « Time to Market » est une affaire de flux et le flux, c’est un produit, des hommes et des informations à partager !

On retrouve ici la notion de mise en commun de nos énergies pour aller servir nos envies, un des ingrédients du plaisir décrit par André Comte Sponville dans l’une de ses conférences aux Hôpitaux Universitaires de Genève ! Et oui pourquoi pas du plaisir au travail, même dans la difficulté, c’est une quête légitime. On réalise donc ici que le taux de service est une attente mais qu’il ne faut pas perdre de vue la façon de l’obtenir qui passe par les Hommes et le sens qu’ils trouveront à leur activité : Le chemin avant l’objectif final, « Employee first, Customer second » en analogie au livre de Vineet Nayar.

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